lundi 11 octobre 2010

Auchan renforce ses liens avec les producteurs régionaux : une bonne chose ?


Les directeurs de magasin d'Auchan en Alsace ont rencontré hier 114 producteurs alimentaires alsaciens, francomtois, champenois et lorrains à Mulhouse. Très pragmatique, Vincent Mignot le directeur général d'Auchan précise qu'"on ne fait pas dans la philanthropie, il y a aujourd'hui une forte envie des consommateurs d'acheter des produits locaux et régionaux alors qu'il y a encore quelques années, on était dans l'origine France ».

Parmi les invités, Jean-Paul Bastian, président de la Chambre d'agriculture du Bas-Rhin et lui-même éleveur, représentait le monde agricole. Fâché avec la grande distribution les paysans ? Pas si simple, dit-il. « On sait combien de parts de marché pèse la grande distribution dans la valorisation locale d'un certain nombre de produits à forte typicité régionale. Nous sommes dans une approche pragmatique. Le consommateur est demandeur de proximité, de fraîcheur et d'authenticité ».

L'exemple du viticulteur de Dambach-la-Ville, Claude Hauller est assez éclairant « 75
à 80% du vin est vendu en grande distribution », souligne-t-il. « Le partenariat avec Auchan nous a permis d'évoluer. On s'est donné des moyens ». En 15 ans de relations commerciales, l'exploitation est passée de 7 à 25 hectares de vignes commercialisées et a multiplié par quatre son chiffre d'affaires.

Les producteurs ont-ils réellement intérêt à passer par la grande distribution qui, si le succès est au rendez-vous, peut leur demander de rentrer dans l'engrenage de l'agriculture intensive, de diminution des marges et au final de vider le producteur de sa substance, notamment de son image de proximité, et de qualité, happée par la distribution en quête de légitimité dans ce domaine ? Et surtout de ne plus travailler qu'avec une infime minorité et de laisser de côté l'immense majorité des producteurs qui au passage auront été fragilisés par cette expérience. C'est sans doute à ce niveau que le rôle du législateur a son importance, car laisser le producteur et le distributeur en face à face risque d'être un calcul à courte vue qui ne refonde pas la relation entre les deux et finit par mettre de côté le consommateur final, à la recherche de produits locaux, abordables et de bonne qualité, et le producteur. Se passer d'intermédiaire est le plus sur moyen d'entretenir un dialogue riche entre producteurs et consommateurs. Le législateur ne devrait-il pas intervenir a minima pour demander dans ce cas le passage progressif du producteur à une culture bio, sans augmentation de prix ?