mardi 21 septembre 2010

Un jardin thérapeutique pour patients atteints d'alzheimer à Strasbourg


La ville hybride est solidaire. La ville de Strasbourg a inauguré la semaine dernière un nouveau 'jardin thérapeutique', conçu dans le cadre de la validation des acquis d'expérience (VAE) «animation sociale». Cette formation vise à présenter une démarche de projet entre une structure d'éducation à la nature et à l'environnement et un EHPAD (Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes), en se basant sur le jardin thérapeutique. Les espaces verts représentent un bon dénominateur commun entre des structures d'éducation à la nature et à l'environnement et des établissements d'accueil pour personnes âgées. Supports pédagogiques vivants, attractifs, les jardins permettent de sensibiliser à la nature et à la biodiversité, toutes les personnes gravitant autour de ce type d'établissement (famille des résidents, personnel d'encadrement, direction).

Le jardin est « quelque chose de léger et de vivant, qui fait le lien entre le monde intérieur et ce qui entoure », analyse Véronique Dreyfus, psychiatre. Tout jardinier en est conscient. Cette relation importante pour chacun d’entre nous l’est davantage encore lorsque la maladie ou l’isolement a rompu ce fil. John vivait replié sur lui-même, coupé du monde. En quatre ans, depuis qu’il dispose d’un lopin de terre, sa vie a changé. Le jardinage est même devenu son métier. Aidé de sa mère et d’amis, il entreprend d’aménager la parcelle, révélant son âme d’artiste.
« Au début, j’y passais des heures, assis à côté du feu, sans bouger, sans jardiner. Puis j’ai commencé à monter des structures et à récupérer tout ce que je trouvais aux alentours pour créer tipis et cabanes. » Petit à petit, l’espace se structure, s’organise, le jardin s’agrandit et des plantes sont installées. Depuis un an, John a franchi une étape importante en acceptant de parler de son travail à des visiteurs. « Le jardin est un espace relationnel, note Véronique Dreyfus. Dans le cadre des psychoses, par sa notion de parcelle, il redonne un sens à l’espace, et par son mouvement permanent et l’obligation d’agir, un sens au temps. » Dès lors, l’isolement est rompu. Un facteur également primordial pour les personnes âgées.

Dans le Finistère, l’arboretum du Poërop, jardin labellisé « remarquable », est lié à un contexte médical. Sur le site de l’arboretum, une institution centenaire accueille des personnes âgées. En 1998, le directeur de l’époque, Jean Merret, passionné de botanique, entreprend de réhabiliter la ferme attenante à l’arboretum et attribue à chaque résident une petite parcelle de potager à cultiver en compagnie de l’équipe soignante. D’une part, les résidents s’approprient l’arboretum – jardin à contempler –, et d’autre part, ils rythment leurs journées en jardinant. Le résultat est l’établissement de nouvelles relations entre résidents et avec leur entourage.
« La nature a le pouvoir extraordinaire de faire remonter des tas de souvenirs », remarque Anne Ribes, infirmière et ambassadrice des bienfaits du jardin sur la santé. Le jardinage fait travailler la mémoire, fixe des repères et crée des liens sociaux, en plus du plaisir qu’il procure. Plusieurs initiatives placent justement le jardin sous le signe de l’activité, associant équipe soignante, jardinier, personnes âgées et enfants, comme au Jardin des deux âges, à Strasbourg, ou encore à Colombes, en région parisienne. L’expérience et les souvenirs des uns se confrontent à la fraîcheur et la détermination des autres. Dans le Cher, l’activité au jardin va encore plus loin. Puisque les jeunes adultes impliqués, autistes, cultivent des Cucurbitacées qu’ils vendent à la foire aux potirons de Tranzault.
Anne Ribes a créé l’association Belles Plantes pour la réhabilitation des espaces verts dans les hôpitaux en milieu urbain. Il lui a suffi 50 m2 pour créer un atelier de jardinage où éducateurs et enfants en grande difficulté se retrouvent une fois par semaine à la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Souvent liés à une volonté personnelle, des jardins à but thérapeutique ont parfois périclité suite au départ de leur initiateur. Pour cause principale, le déficit de formation des médecins et du personnel hospitalier à cette forme de thérapie, une parmi tant d’autres… L’association Jardins et Santé milite pour le développement de telles pratiques. Véronique Laulier, responsable de la formation continue à l’École nationale supérieure du paysage de Versailles, travaille sur le thème. Son objectif est de proposer un protocole d’enseignement, d’ici à l’an prochain, qui aide à la conception particulière de ce type de jardin.

Autre exemple, le jardin « art, mémoire et vie » du CHU de Nancy, jardin thérapeutique pour les personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, est une innovation dans le paysage hospitalier français. La présence du Professeur Joël Ménard, président de la Mission nationale Alzheimer pour son inauguration en est la preuve ainsi que son ouverture au grand public à l'occasion des Journées européennes du Patrimoine, les 17 et 18 septembre 2010. Nature, art et culture se côtoient harmonieusement dans cette parenthèse urbaine dédiée à plus d'une centaine de patients pris en charge au CHU de Nancy, ainsi qu'à leurs proches. Le concept fondateur du jardin à visée thérapeutique est de réunir dans un même espace tout ce qui stimule les mécanismes cognitifs des patients à travers 4 thématiques fortes : la Terre, l'Eau, le Feu et le Vent mis en scène par le médecin sculpteur allemand, Reinhard Fescharek, qui pose là les principes du soin par la beauté.
A côté des thérapeutiques spécifiques et symptomatiques utilisées depuis une douzaine d'années, différentes approches non médicamenteuses se développent et font l'objet d'un intérêt grandissant compte tenu du nombre de malades concernés et de l'absence de traitement curatif à ce jour. Les études sur les jardins mis à disposition des patients dans les établissements de soins et d'hébergement, conçus comme espaces de déambulation sécurisée, recensent les différents bénéfices qu'en retirent les patients atteints de maladie d'Alzheimer : réduction des troubles du comportement, de l'agressivité et de l'agitation notamment. Ils permettent la pratique d'un exercice physique dans de bonnes conditions, procurant une amélioration de symptômes tels que les troubles de l'appétit et du sommeil.
Le jardin « art, mémoire et vie » du CHU de Nancy permet de rompre avec le cadre « artificiel » des services de soins souvent perçu comme stressant. Bien qu'implanté au coeur de la ville de Nancy, c'est un lieu accueillant, reposant et propice aux rencontres et aux échanges avec les proches. Véritable îlot dans l'environnement hospitalier, ses aménagements stimulent chez les patients atteints d'Alzheimer tout ce qui participe à leur autonomie. La mémoire, le langage, les émotions des patients sont sollicités par l'influence des saisons sur l'aspect du jardin et par l'échange affectif avec les accompagnants au cours des promenades.Le jardin, lien social, devient un sujet d'échanges, de conversation et de partage.