vendredi 29 mars 2013

"Aménité !" "aménité !" "Est-ce que j'ai une tête d'aménité ?"


Les acteurs publics sont-ils au rendez-vous des aménités urbaines ? C'est en substance la question posée lors d'un atelier écocité qui s'est tenu hier à la cité internationale à Paris. Mais au fait c'est quoi une "aménité" ? Et pourquoi s'en préoccupe-t-on aujourd'hui plus qu'avant ? Et avant cela remonte à quand précisément ?

Le constat de départ est simple. Nombreux sont les salariés, les habitants qui ont fait l'expérience de se retrouver dans des zones mono-fonctionnelles (comprenez un seul usage par lieu : logement, activité économique, commerce...), construites principalement dans les années 60-70, jusque dans les années 90. Qui n'a jamais ressenti cette expérience très bizarre de se retrouver dans des non-lieux où nos pas ne sont arrêtés par rien, faute de services et d'équipements environnant (restaurant, musée, services municipaux, bureau de poste, cinéma, piscine...) ? Et au-delà de "zoner" dans des lieux sans âme (par opposition avec la ville dense et mixte dans ses usages). Les acteurs concernés ont pointé du doigt les limites du modèle mono-fonctionnel auprès de ceux qui "font" la ville. D'où une réflexion de la part des techniciens (SEM d'aménagement, EPA, OIN...) qui sont par ailleurs des citoyens comme vous et moi, et qui très naturellement se sont aperçus des limites de ce modèle. Ils se sont emparés de cette question des aménités il y a maintenant quelques années ; par exemple en systématisant l'occupation des bas d'immeubles par des commerces comme l'opération Paris Rive-Gauche ou encore par la réalisation d'équipements - détournés de leur fonction initiale pour certains - comme le miroir d'eau à Bordeaux, objet magnifique, qui au gré des usages a été transformé...en pédiluve par les habitants (qui  n'étaient pas dans une disposition de spectateur ébahi par la magnificence de la réalisation, mais plutôt dans une approche ludique et partagée).


Aujourd'hui on n'est plus dans cette période d'ébahissement social lié à la prouesse technologique (comme lorsqu'on allait au Trocadéro à la fin du XIXè siècle admirer la "fée électrique")  ou esthétique... pour l'esthétique (comme les parcs et jardins à la française dont les pelouses sont interdites au public). Pour autant ni l'art, ni la technologie n'ont disparu, bien au contraire. C'est leur usage et leur finalité qui se sont modifiés. Pour le premier, le temps des grands maîtres est révolu. L'art aujourd'hui n'a de sens que si chacun s'en empare pour créer (la définition ultime de l'art en quelque sorte, celle qui ne met pas de côté 90% de la population, même si l'art religieux...et communiste ont réussi à toucher le plus grand nombre, mais cette conception de l'art est aujourd'hui révolue car trop descendante). Pour la seconde, la technologie, celle-ci doit être invisible, mais in fine au combien présente, pour dans le contexte urbain, aider à résoudre les congestions urbaines liées aux transports, optimiser les flux (eau, électricité)...


Peut-on réduire pour autant les aménités aux services marchands et publics ? Si l'on pose la question autrement : "faire" la ville, cela veut dire quoi ? Vivre ensemble, dans une société de plus en plus fragmentée et atomisée, cela entraine quoi en matière de conception ? "Faire société", cela veut dire quoi ? "Faire" la ville dans un contexte de pénurie des finances publiques, cela implique quoi ? "Faire" la ville face aux enjeux de captation des dynamiques du monde cela veut dire quoi ? Comment refaire la ville sur elle-même ? Et comment la faire là où elle n'existe pas encore ? Dans le premier cas, il s'agit de la réhabilitation ou de la reconversion de zones délaissées, abandonnées (quartier insalubre, friche industrielle...). Dans le second cas, de "zones où il n'existe rien" (mais en est-on si sur ?). A Bordeaux, obligation est faite d'impliquer les acteurs associatifs le temps de la réalisation pour aider à définir les usages des lieux... et au bout du compte à leur appropriation, voire à leur transformation par les usagers (le parc de Michel Desvignes à Bordeaux est conçu comme un paysage de transition). Selon Martin Hirsch, une aménité c'est laisser la possibilité aux associations de soutien aux plus démunis de pouvoir s'installer en bas des nouvelles constructions. Mais aujoud'hui la meilleure des aménités n'a pas encore été conçue car elle sous-tend une collaboration fluide, pacifiée, entre les trois piliers des projets d'aménagement (élus, techniciens publics et privés, société civile) dont nous ne sommes encore aujourd'hui qu'au prémisse. Mais cela pourrait évoluer plus vite qu'on ne le pense.


Le temps de ceux qui pensaient à tout, pour tous, est donc bien fini. Si une divinité prenait chair aujourd'hui, on lui demanderait des comptes. On exigerait d'elle de participer au contenu et à la forme du message qu'elle souhaiterait délivrer, et surtout, de pouvoir faire évoluer la doctrine par tous, partout et n'importe quand. En quelque sorte on lui demanderait de s'adapter aux canons du web 2.0... mais le 2.0, ce n'est en somme rien d'autre que de laisser la possibilité à chacun...de faire société.