mercredi 4 janvier 2012

Mémorial soviétique de Treptow : frisson garantie

Berlin regarde droit dans les yeux son histoire terrifiante. On pense bien entendu au Mémorial de l'holocauste, "champ" couvert de stèles noires sur plusieurs hectares ou encore à l'Olympia Stadion (ultime vestige du nazisme encore debout, réplique grossière du Colisée de Rome). Dans un autre registre, il y a le mémorial soviétique du parc de Treptow, érigé en 1945 à la mémoire de 7000 soldats soviétiques tombés durant la prise de Berlin. Le marbre du mémorial a été récupéré par les soviétiques dans le bunker d'Hitler. A l'entrée, une statue de la "Mère Russie" pleurant ses enfants et plus loin, deux impressionnantes statues de soldat soviétique, agenouillés, kalachnikoff à la main, veillent sur leurs "frères d'armes". Deux rangées identiques, d'une dizaine de stèles chacune, content le conflit tel que le pouvoir voulait le représenter : l'agression nazie de 1941, la prise d'armes par le peuple, la création de l'armée rouge, l'héroïsme de ses soldats, la victoire finale et le temps du deuil. Enfin une immense statue d'un soldat soviétique, enfant dans les bras pensant à un avenir forcément meilleur, brise la svastika de son glève. A l'intérieur de celui-ci, une crypte laïque avec en peinture les différents personnages emblématiques de l'union soviétique se prosternant devant ses enfants morts pour la patrie. Contrairement aux cimetières militaires américains - comme ceux de Normandie - aucune tombe n'est visible. L'individu s'efface devant l'histoire collective. Les cimetières militaires américains jouent sur le registre de l'émotion pendant que le mémorial de Treptow est davantage dans la démonstration, dans une forme de légitimation permanente du pouvoir en place. Berlin a concentré l'horreur de la seconde guerre mondiale mais également -et c'est suffisamment rare pour le noter- assumé entièrement son histoire tragique et mis en scène de manière aussi visible (© photos Michaël Silly - Ville hybride). .